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PCF: se lancer à fond dans le changement et le rassemblement

par Patrice Cohen-Seat le 27 novembre 2010

Je suis très préoccupé. Comme beaucoup de communistes, j’ai le plus grand mal à m’y retrouver entre rassemblement, initiatives autonomes du Parti, projet communiste, projet partagé et PUP. Je crains que cette complexité, pour ne pas dire plus, nous rende inaudibles dans et hors du Parti.

Prenons Japy. C’est un meeting du Parti : très bien. Nous voulons y porter notre parole autonome : parfait. Mais pourquoi, en plein mouvement social, et posant la question de l’alternative, ne donnons-nous la parole qu’à nous-mêmes, tout en y mettant le logo Front de Gauche ?

Et nous donnons la parole à André Chassaigne. Je n’ai vraiment rien contre ce que peut dire André. Et je veux bien admettre que le côté perso de Mélenchon ne nous facilite pas les choses. Mais le résultat est que le Parti paraît avant tout obsédé par une concurrence de candidature avec lui. Est-ce le message que nous voulons envoyer ?

Ce soir et demain, nous organisons des rencontres. Initiative du Parti, elle porte finalement sur le « projet partagé », avec là aussi le logo Front de gauche. Mais de politiques : aucun autres que nous, communistes, dans les intervenants principaux !

Alors je pose deux question : ne confondons-nous pas parole autonome et parole isolée ? Et mettons-nous vraiment tous nos efforts dans une dynamique de rassemblement qui, par définition, doit rassembler ? Ou jouons-nous à la guéguerre des partis et des candidatures ?

Et puis, je sens se développer dans nos rangs, sous couvert d’anti-populisme, une sorte d’anti-mélenchonisme injustifiable. Mélenchon à un style de tribun populaire. Parfois il mord le trait ou fait de la provoc. Et nous avons de sérieux débats avec lui. Mais rien à voir avec le populisme qui se caractérise par la flatterie de tendances racistes, xénophobes, antidémocratiques, et anti-élites. Je ne trouve pas bien du tout que nous n’ayons pas réagi vivement quand certains l’ont bassement comparé à Le Pen. Si ça continue comme ça, c’est le Front de gauche qui mourra.

La réalité est qu’il existe dans le Parti une peur de se faire prendre notre place, comme le PS l’avait fait avec le programme commun. Il se susurre déjà ici et là qu’encore une fois on va faire le marchepied à un autre. Et que nous allons nous y affaiblir.

Alors, je voudrais dire deux choses :

La première est que la peur qui nous fait hésiter est mal placée. Ce n’est pas la stratégie de rassemblement qui nous dilue et nous affaiblit. La vérité est que, comme le montrent toutes les études, les Français nous voient comme une force du passé. Là est le cœur du problème.

En même temps, nous représentons quelque chose de fort et positif : dont le courage, l’honnêteté et l’attachement aux intérêts populaires. C’est pourquoi, quand nous faisons alliance avec une autre force (le PS dans les années 70, le PG aujourd’hui) nous la cautionnons et, comme elles ne traînent pas le même boulet que nous, cela leur profite. Mais dire que c’est le rassemblement qui nous affaiblit  relève de l’erreur pure et simple.

Pour nous renforcer, nous devons être identifiés à une force d’avenir. Nous avons décidé pour cela une profonde refondation de nos analyses, conceptions et projet. La vérité est que ce travail a bien commencé, et j’en suis content. Mais il a commencé il y a quelques semaines alors que la décision avait été prise dès 2008, il y a deux ans.

Nous avons pris du retard, et nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous-mêmes. Alors, accélérons, travaillons, changeons, transformons-nous. Comme nous l’avons décidé, faisons entrer notre Parti dans une autre époque. Alors nous redeviendrons une force attractive, proposant un projet d’avenir. Nous nous renforcerons d’autant plus, et plus vite, que nous avons des racines profondes, et que beaucoup de gens – une majorité à gauche – pensent que le communisme est une idée magnifique à condition de la repenser radicalement.

La deuxième chose que je voudrais dire est que si nous ruinons par peur l’espoir que nous avons-nous-mêmes fait naître avec le Front de gauche, nous ne nous en relèverons jamais. Nous devons lancer toutes nos forces dans la création d’une dynamique du Front de gauche qui ait l’ambition (à deux chiffres) de bousculer la donne à gauche. Nous n’avons pas pu y réussir en 2007 ; nous le pouvons cette fois-ci. Inventons comme nous y invite le congrès (depuis déjà deux ans là aussi !) les lieux et les formes de toutes sortes qui permettent un véritable bouillonnement politique. Comme en 2005, faisons partout estrades communes, largement ouvertes, et soyons de toutes les manières possibles unitaires pour deux, pour trois, et pour cent s’il le faut ! En prime, comme lors du partage du temps de parole du Parti en 2005, nous y gagnerons en estime et en confiance.

Et puis, décidons-nous une bonne fois à ouvrir la porte du Front de gauche à tous ces hommes et ces femmes qui attendent qu’on leur donne la possibilité de nous rejoindre sans passer par l’adhésion à un des parti du cartel, et même à ces adhérents des partis qui veulent jouer leur rôle de citoyen dans la dynamique de rassemblement. Il y a là une force considérable qui ne demande qu’à se jeter dans la bataille !

Ce n’est pas le moment de décider de la candidature à la présidentielle. Mais cessons de faire de cette question le centre de tout et ne freinons pas des quatre fers la dynamique unitaire par peur que ce soit Mélenchon. Acceptons un critère de choix simple : la capacité à faire le meilleur résultat pour donner le plus d’impact possible à cet espoir populaire de changement. Et – soit dit en passant – reconnaissons que les sondages, le moment venu, nous donneront aussi des indications utiles sur la question. Ça désignerait aujourd’hui Mélenchon ? Surement. Et si c’est encore comme ça dans quelques mois, et bien ce sera lui. Et j’espère pour nous, pour notre image et notre influence, que nous ne le déciderions pas, dans cette hypothèse, la mort dans l’âme et en traînant les pieds, mais avec enthousiasme pour gagner.

Alors, nous avons le choix. Ou nous nous laissons paralyser par la peur, dans notre renouvellement, et dans le rassemblement, et nous nous enterrerons nous-mêmes, magnifiquement autonomes, mais désespérément seuls. Ou nous faisons dix fois plus, et sur notre renouvellement, et sur le rassemblement, et alors nous pourrons contribuer à répondre à l’attente immense qui existe dans la société, et y reprendre une place de premier plan.

Dans → Parti communiste

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