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Rassembler largement les communistes autour d’une belle ambition

par Patrice Cohen-Seat le 25 avril 2016
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Le débat engagé à l’occasion de ce 37ème congrès est assurément un débat important pour notre Parti. L’une de ses dimensions est stratégique, bien sûr, puisque se discute, dans la perspective des élections de 2017, la façon de rassembler le peuple contre les politiques d’une oligarchie rapace et impitoyable. Mais c’est en même temps beaucoup plus. Après plusieurs décennies d’affaiblissement, alors que le double échec du communisme d’Etat et de la social-démocratie a déconstruit les repères d’une alternative au capitalisme et affaibli les luttes, il s’agit de savoir comment redonner corps à une véritable ambition communiste. C’est le sens des propositions du texte « L’ambition communiste pour un Front de gauche populaire et citoyen ».

Quelles que soient nos opinions sur la façon d’y parvenir – c’est l’objet du choix entre les différentes propositions de « base commune » – les communistes se retrouvent sur ce point essentiel : nous considérons toutes et tous qu’il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire et possible de porter la perspective concrète d’une alternative de système, d’une autre façon d’organiser la société et de vivre, ouvrant la voie à une émancipation de tout le genre humain. C’est la raison d’être d’un parti communiste. Et malgré toutes les difficultés actuelles, c’est ce qui fait notre unité profonde et peut nous donner la capacité de contribuer utilement à une dynamique politique nouvelle.

C’est pourquoi, sans rien édulcorer de l’important débat qui nous occupe, il est à nos yeux capital de garder à l’esprit en permanence trois objectifs majeurs : s’appuyer sur ce qui nous rassemble ; viser à construire une très large majorité sur des choix qui ouvrent une perspective concrète pour 2017 et au delà ; et nous enrichir les uns et les autres des différentes opinions dont chacune traduit nécessairement une part de la réalité. C’est ainsi, par une pratique vivante et respectueuse de chacune et de chacun de ce que nous avons appelé le « pluralisme de droit », que se renforcera l’unité des communistes.

C’est dans cet esprit que les signataires du texte alternatif n°1 – « L’ambition communiste pour un Front de gauche populaire et citoyen » – ont dès le début indiqué l’accord assez large qu’ils ont avec le contenu de la proposition de base commune adoptée par le CN sur le projet et le Parti. Il y a des différences, indéniablement. Par exemple, nous avons la préoccupation, au delà des propositions programmatiques (par ailleurs tout à fait nécessaires), de mieux faire ressortir ce qui peut identifier l’ambition communiste elle-même et exprimer l’idéal que nous partageons d’une tout autre société où, comme disait Marx, « le plein épanouissement de chacun sera la condition du plein épanouissement de tous ». Mais nous sommes persuadés que, maintenant que notre Parti s’est engagé réellement dans le travail sur le « projet communiste », cet objectif est à notre portée. Et nous sommes convaincus que nous allons trouver à notre congrès sur cette question un point d’accord très large qui nous permettra d’aller beaucoup plus loin encore dans les années qui viennent.

De même sur le Parti. Nous considérons essentiel que notre forme d’organisation se transforme pour être mieux en phase avec notre stratégie de rassemblement dans une société où une majorité de citoyens refuse d’être les simples exécutants des consignes d’un parti quel qu’il soit, et veulent devenir eux-mêmes les acteurs principaux de la politique. Nous devons pour cela nous immerger dans la société, disons-nous, « non pas pour lui apprendre ce qu’il y a lieu de faire ou de penser, mais pour contribuer, en y apportant avec d’autres notre propre contribution, à ce que les citoyennes et les citoyens débattent et réfléchissent ensemble, et prennent directement les décisions dont dépend leur rassemblement ». Nous avons le sentiment de travailler ainsi à inventer des pratiques adaptées à ce qui s’exprime dans nombre de mouvements sociaux de la période actuelle, singulièrement ceux contre le démantèlement du droit du travail, aux aspirations qui émergent dans des mobilisations de formes inédites telles que « Nuits debout », celles qui se manifestent sur les réseaux sociaux telles que #OnVautMieuxQueCa, ou la pétition record #loitravailnonmerci, ou encore les mobilisations de solidarité aux réfugiés. Toutes sont puissamment marquées par la volonté de leurs participants de prendre leurs affaires en main. Mais là aussi, ce qui nous rassemble toutes et tous est essentiel, notamment la conviction que la vie politique exige des forces organisées puissantes et structurées, capables d’initiatives, d’élaborations politiques et d’apports intellectuels. Et la certitude pour nous que les cadres de rassemblement à faire vivre – un Front de gauche transformé et élargi pour devenir populaire et citoyen devrait être l’un d’eux – n’enlèvent rien, bien au contraire, à l’exigence d’un Parti communiste nombreux et dynamique dont les responsabilités et les tâches seront dès lors plus grandes encore.

La stratégie pour 2017, qui engage évidemment lourdement la place de notre Parti pour la période à venir, fait l’objet d’un désaccord plus important, dont le cœur est la question de notre rapport au Parti socialiste. Mais nous constatons que les termes du débat ont commencé à évoluer. Alors que la proposition de « base commune » adoptée par le CN début mars proposait de chercher une candidature commune à gauche qui puisse être une alternative au « clan » Valls-Hollande, mais sans même exclure formellement la participation d’un membre de ce « clan » à la primaire proposée, la résolution du CN du 15 avril a clairement exclu une telle hypothèse. De même, alors que le Front de gauche était déclaré mort ou en échec par certains de nos principaux dirigeants en décembre, les formulations employées dans la proposition de base commune, et plus encore les termes de la résolution du CN d’avril marquent un certain retour d’intérêt pour l’esprit de cette démarche dont la raison d’être est de rassembler toutes celles et tous ceux qui s’opposent aux politiques néolibérales et sécuritaires menées alternativement par la droite et le Parti socialiste depuis plusieurs décennies.

Il semble donc bien que le débat des communistes et les apports du texte « Ambition » fassent évoluer la situation. Et plus le temps passe, moins la perspective d’une « primaire » telle que l’envisage la « base commune » du CN ne paraît probable, ni même possible. Aucun signe n’indique que la majorité du PS, après plus de trente ans d’évolution vers la droite, ferait un brusque demi-tour à gauche. Et la petite minorité de frondeurs ne manifeste jusqu’à présent aucune velléité de sortir d’un PS dont dépendront leurs investitures à court terme. En outre, tout cela se révèle de plus en plus clairement comme ne servant pas à grand-chose dans l’objectif d’une candidature commune à gauche, supposée être la conditions d’une présence au second tour et de la victoire. Même en cas de scission du PS, la partie libérale, manifestement majoritaire et encouragée par les sondages, ne renoncerait pas à présenter un candidat. Et on ne voit pas d’un autre côté ce qui pourrait empêcher Jean-Luc Mélenchon d’être candidat contre une candidature commune du PS (ou partie du PS) et de nous mêmes.

Il est donc grand temps de rassembler une très large majorité des communistes sur une issue constructive de notre débat qui ouvre une perspective pour 2017 et pour l’avenir. L’impossibilité d’une primaire avec le PS étant maintenant une évidence pour pratiquement tout le monde, la proposition du texte que nous avons signé nous paraît plus justifiée que jamais. L’objectif essentiel est de remobiliser les classes populaires dont l’abstention massive est à l’origine de la situation actuelle. C’est donc de cela seul que peut venir une transformation profonde des rapports de force politiques. Cela seul serait susceptible, si les conditions s’en réunissent, de bousculer le scénario annoncé d’une gauche évincée du second tour et de l’emporter. Et c’est le moyen le plus efficace d’ouvrir une voie d’avenir.

En l’état du discrédit de la politique, cela ne peut résulter que d’une démarche politique en rupture radicale avec les combinaisons politiciennes dont notre peuple est écœuré. C’est pourquoi nous avons proposé, comme première étape du déploiement d’un Front de gauche populaire et citoyen, que, du local au national, des Assises de la transformation sociale et écologique mettent toutes les décisions de programme et de candidatures entre les mains des citoyens eux-mêmes. Et qu’elles se concluent à l’automne, en cas de désaccord persistant sur les unes ou les autres, par des votations citoyennes. Nous continuons de penser que, du point de vue des contenus, « l’Humain d’abord » pourrait être une très bonne base de discussion à enrichir et actualiser. Il ne fait pas de doute à nos yeux que l’engagement massif des communistes dans cette démarche aurait des résultats spectaculaires en permettant la réunion rapide de milliers d’assemblées citoyennes s’emparant de toutes les questions que posent les élections de 2017. Nous irions ainsi à l’encontre des vielles méthodes dont le discrédit est massif. Et, en permettant aux citoyennes et aux citoyens de décider elles et eux-mêmes, nous pourrions faire revivre et amplifier de beaucoup la dynamique de 2012. Tout-e candidat-e à la candidature pour l’élection présidentielle, dont Jean-Luc Mélenchon, devrait alors en tenir compte.

Nous avons la conviction qu’un tel processus citoyen, dans lequel nous apporterions la contribution de l’idéal, des analyses et des propositions communistes, est à même de faire renaître l’espoir. Et il nous semble que nous y retrouverions le rôle utile de la grande force politique que peut et doit redevenir notre Parti.

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