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A propos

Pourquoi ce blog et pourquoi « Métamorphoses » ?

Métamorphoses : je choisis ce mot, pour nommer ce blog, parce qu’il me paraît mieux qu’un autre exprimer l’exigence qui s’impose à la gauche et même aux forces progressistes dans leur ensemble, si elles veulent relever le défi d’identifier, dans les conditions d’aujourd’hui, l’ambition de continuer le progrès humain. Métamorphoses au pluriel, donc.

Dans « Eloge de la métamorphose », publié par Le Monde  le 9 janvier 2010, Edgar Morin définit ainsi ce processus par lequel un être devient autre tout en restant lui-même: « Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se dégrade, se désintègre ou alors il est capable de susciter un méta-système à même de traiter ses problèmes : il se métamorphose ».

Regardons les choses en face : plus le capitalisme enfonce le monde dans sa crise, et moins les forces qui le contestent ne parviennent à mobiliser pour infléchir le cours des choses. En Europe, les forces de gauche sont battues un peu partout cependant que l’extrême droite progresse dangereusement. Celles qui déclarent combattre le capitalisme sont laminées. Face aux régressions sociales et démocratiques, le mouvement syndical et associatif est sur la défensive.

Comment s’expliquer un phénomène d’une telle ampleur sans admettre que les forces de progrès n’ont pas réussi à adapter les objectifs et les formes de leurs combats à un monde que les dernières décennies ont radicalement chamboulé ? Travail, production, consommation, personne humaine, individu et collectif, public et privé, nation et monde, présent et avenir, tout est à repenser dans les nouvelles conditions historiques de la lutte des classes. Y compris, et ce n’est pas le moindre, les formes de la démocratie et de l’action politique.

C’est donc à la nécessité d’une révolution culturelle – ce que j’ai appelé moi aussi une « métamorphose » – que sont confrontées toutes les forces qui veulent continuer d’agir pour l’émancipation humaine. Faute que cette révolution n’ait été sérieusement engagée, et que ne commencent à apparaître jusque dans la société les lignes force d’une nouvelle conception du progrès humain, mais aussi les voies et moyens d’une lutte de classes adaptés au monde actuel, les forces de progrès sont en échec.

Cette paralysie, ou ce renoncement, concerne l’ensemble des forces de gauche : aucune n’a pu ou voulu opérer la métamorphose d’elle-même qu’impliquaient celles du capital et du monde lui-même.

Cette métamorphose suppose la réalisation d’une condition préalable : que les forces de gauche aient le courage de faire l’autocritique sincère, chacune pour ce qui la concerne, des impasses dans lesquelles elles se sont égarées : sans cela, elles demeureront chargées du poids du soupçon et resteront inaudibles . Le courant socialiste, qui a gouverné jusqu’à une majorité de pays européens, doit s’expliquer sur les raisons qui lui ont fait abandonner le combat contre le capitalisme et décider sur quelles bases ou selon quels principes il entend le reprendre. Le courant communiste doit non seulement confirmer ses critiques fondamentales du système d’économie administrée, mais surtout faire la clarté sur les raisons qui lui ont fait « globalement » soutenir l’indéfendable jusqu’à l’effondrement du système soviétique. Il doit énoncer une idée de l’égalité qui ne l’oppose pas à la liberté, une vision des solidarités collectives qui respectent les droits des personnes, une  conception de la révolution fondée sur un processus intégralement démocratique et non violent, un projet de développement humain qui ne se donne pas l’objectif de faire « mieux » que le capitalisme, mais de permettre aux êtres humains de s’émanciper pour vivre mieux. (cf ma « contribution à la transformation du PCF: Lancer un signal fort ).  Le courant écologiste doit faire un choix entre l’accompagnement ou la contestation du système.

Et dans le même temps, il faut répondre aux questions brûlantes du présent. Comment lutter contre ce capitalisme globalisé ? Comment imaginer un monde et une conception du développement qui fassent leur place aux « nouveaux géants » comme à tous les peuples, qui répondent à la crise écologique et préservent la planète ? Comment construire un ordre où prédomine la volonté démocratique des citoyens ? Comment mettre les immenses progrès des connaissances au service d’une humanité plus humaine ? Comment redonner du sens à la vie en société sans laquelle le monde redevient une jungle ? Les gauches sont aujourd’hui sans réponses. C’est pourquoi elles perdent.

Ce que j’appelle « métamorphose », c’est ce travail de critique loyale et d’invention qui peuvent permettre à une conception radicalement neuve d’alternative émancipatrice au capitalisme d’émerger.

Des forces existent pour cela. Depuis le milieu des années 90, une réaction se dessine un peu partout dans le monde. Des mobilisations parfois considérables cherchent à s’opposer à la marche forcée du capital pour casser les acquis et les résistances et répondre à ses insatiables besoins de profits. A l’arrogance de Davos a répondu un mouvement altermondialiste qui explore des pistes nouvelles. Une pensée économique critique – qui s’accompagne d’un spectaculaire retour d’intérêt pour celle de Marx – succède à la « pensée unique ». Des expériences nouvelles se font jour en Amérique latine. En Tunisie, la « révolution du jasmin » est sans précédent dans le Maghreb, et tout le monde sent l’écho qu’elle rencontre dans la région. Après 2005 et l’échec du Traité constitutionnel européen, la colère grandit encore en Europe contre le sens et les logiques de l’actuelle construction de l’Union européenne. Mais faute d’une alternative cohérente et crédible, répondant aux échecs du passé comme aux nouveaux défis du présent, faute d’un mouvement politique pour la porter, ces mobilisations ne parviennent pas à engendrer des rassemblements populaires capables de contester la domination du capital et de changer la donne politique.

La balle est donc dans le camp des forces politiques qui doivent accepter leur remise en question. Par hypothèse, une métamorphose est toujours un processus et demande du temps. Mais en Histoire, le temps connaît et des détours tragiques, et des fulgurances qui révèlent en un instant de nouveaux horizons. Rien n’est écrit : encore et encore, modestement, il nous faut remettre l’ouvrage sur le métier.